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Médias, la grande illusion

Vendredi 24 mai 2013 | 05h03

Les éditions Gawsewitch publient "Médias, la grande illusion". L'auteur Jean-Jacques Gros vous livre un extrait de son analyse.


Le public, en grande majorité, croit que ce qui est montré sur l’écran est authentique. C’est la fameuse phrase « c’est vrai puisque je l’ai vu à la télévision ». Celui qui regarde son écran n’a que rarement l’idée de ce qu’il faut mettre en œuvre pour lui montrer une image agréable à regarder. Un reportage d’une minute trente à l’antenne peut demander une demi-journée, voire une journée de tournage.

Pour faire une image (un plan qui ne va durer que quelques secondes à l’écran), il faut trouver le bon positionnement de la caméra, le bon éclairage, éviter les reflets et les ombres, écarter du cadre les éléments disgracieux. Peaufiner l’image pour qu’elle rende bien peut obliger à aménager la réalité que le caméraman est venu filmer et cela prend beaucoup de temps.

Deux exemples vont illustrer le conformisme des mises en images et la façon de les déconstruire. Lorsqu’il arrive sur place pour réaliser une interview, le caméraman va prendre les choses en main et indiquer aux personnes interrogées ce qu’elles doivent faire : « Cela serait mieux que vous vous mettiez là. » Pour enrichir son reportage, s’il doit donner la parole à un intellectuel ou à un spécia- liste, il y a fort à parier que le journaliste va le placer devant une bibliothèque (parce qu’intellectuel = livres).

S’il doit illustrer un sujet sur la nature, il fera l’interview d’un écologiste dans un jardin ou devant des arbres (parce qu’écologiste = verdure). L’interview de l’écologiste devant une biblio- thèque donnera le sentiment que la personne inter- rogée est un spécialiste ou un économiste de l’écologie.

L’intellectuel, interviewé non plus devant une bibliothèque mais dans un jardin, donnera le sentiment d’un spécialiste en phase avec la nature et sensible au développement durable. L’impression globale aura changé même si le message de chacun est resté strictement le même.

Car tout a une influence dans l’image, même si le spectateur n’en a pas immédiatement conscience.

Ces opérations de tournage sont tellement lourdes qu’elles modifient toute la réalité que les journalistes sont venus tourner. Elles nécessitent de nombreuses prises de vue et surtout la coopération de la personne filmée qui ne peut ignorer qu’elle est filmée. Elle va d’ailleurs se prêter de bonne grâce à toute la série de gestes, mimiques et atti- tudes que l’équipe de télévision va lui demander d’accomplir : décrocher son téléphone pour faire semblant de téléphoner, faire semblant d’écrire, faire semblant d’ouvrir son courrier...

Les personnes filmées dans les reportages sont quasiment mises en scène comme des comédiens : pour avoir de belles images, elles sont prêtes à enjo- liver la réalité et à se conformer volontairement à tous les souhaits des journalistes. Bref, la réalité qui sera donnée à voir n’aura rien à voir avec la réalité. Elle aura été totalement construite par le came- raman pour la diffusion.

Et le téléspectateur ne va pas forcément s’en rendre compte, car l’équipe de télévision donne à la personne filmée une consigne capitale : « Faites comme si on n’était pas là, ne regardez pas la caméra ! » La personne ne peut pas ignorer qu’elle est filmée mais en ne regardant pas la caméra, elle ne donne pas au téléspectateur le signe qui lui dirait « je sais que je suis filmée ». En ignorant la caméra, le sujet fait semblant de montrer qu’il a été filmé à son insu, que l’image est vraie, que ce que voit le téléspectateur est authentique, alors que tout a été artificiellement organisé pour lui montrer une réalité construite.

C’est la tromperie majeure de la télévision : faire croire que ce que le téléspectateur voit est l’authentique réalité (comme par le trou de la serrure) et que l’équipe de télévision n’est que spectatrice, alors que par sa présence et pour le tournage, tout a été organisé pour montrer une réalité artificielle... mais qui paraît authentique. La télévision devient donc acteur et metteur en scène de ce qu’elle tourne. Mais le téléspectateur continue de croire qu’il voit la réalité.

Jean-Jacques Gros

 


Jean-Jacques Cros est directeur de la rédaction de Le Web Infos, chaine d’information sur Internet  et sur You tube. 

Il a été grand reporter à France 3 Ile de France de 1991 à 2012, a collaboré à La Croix, J’informe, l’Aurore et Stratégies, France Inter, RMC, Sud Radio. 

En parallèle, Jean-Jacques Cros est passionné par la transmission des connaissances. Il a fondé à Paris et dirigé de 2003 à 2012, l’Institut Supérieur de Formation au Journalisme.

Dans son livre,  « Médias, la grande illusion », aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, il livre ses réflexions sur le monde des médias et la façon dont fonctionnent les rédactions.

Il analyse les raisons à la distorsion entre la réalité vécue par les gens et la représentation qu'en donne les médias. Ce grand écart alimente un soupçon de manipulation et obère la confiance du public dans les médias.

Jean-Jacques Cros se livre à une critique sans concession du fonctionnement des journalistes et à une éducation pour ne plus être dupe de ce que les médias donnent à voir ou à entendre. 

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