tribunes
Et si on parlait du sport à la télé...
Mercredi 1er août 2012 | 12h32Cécile Guthleben, journaliste pour Canal Plus et ARTE, nous livre son regard sur le sport à la télévision. Passionnant et drôle.
Je n'ai jamais été très sportive. Quand j'étais enfant, alors que certaines de mes copines se faisaient du mal dans leurs chaussons à pointe ou sur une poutre, moi je faisais de la musique - et je jouais aux Barbies. Aujourd'hui, je suis pleine de bonnes résolutions, mais le sport et moi, on continue à ne pas trop se fréquenter. Donc, le sport à la télé, c'est pareil, très peu pour moi. Il y a bien Roland Garros (pas le tennis, hein, juste Roland Garros), mais uniquement les matchs des hommes. Autant dire que cette année, ma télé m'a bien énervée !
On a eu droit au Grand Chelem : Coupe du monde de Rugby à l'automne, du foot toute l'année et puis on est entré dans un tunnel dont on n'est toujours pas sorti : Roland Garros, l'Euro de Foot, le Tour de France, et maintenant les Jeux Olympiques. En gros, tu allumes ta télé à n'importe quelle heure, tu tombes forcément sur du sport.
Le souvenir douloureux du Tour de France
Le rugby et le foot, je n'aime pas ça, mais bon, j'arrive à être tolérante et à comprendre l'intérêt de regarder tous ces matchs. Le Tour de France, c'est différent... Déjà, c'est un traumatisme de mon enfance - et je peux l'assurer, je ne suis pas la seule dans ce cas là - pendant un mois mon père et mon frère s'accaparaient le contrôle total de la télécommande tous les jours et pendant tout l'après-midi. L'enfer.
Et pour être franche, je ne vois pas trop ce qu'il y a de passionnant à regarder des mecs pédaler dans des shorts en lycra pendant quatre heures. Autant ne pas perdre son temps et regarder juste le sprint final... Les défenseurs du vélo me diront qu'il y a de beaux paysages... Mouais. Et pourquoi ne pas sortir de chez soi pour les voir en vrai ces superbes endroits ? Le pire, ça reste les étapes de contre la montre. Là, vraiment, aucun intérêt. Des centaines de mecs qui pendant des heures font un par un le même parcours. Insupportable.
La natation ça passe c'est court
Et puis, il y a les Jeux Olympiques. Ça fait seulement deux jours que ça a commencé, et on entend déjà plus parler que de ça ! Les alertes info du Monde sur mon iPhone ne m'annoncent plus que des résultats sportifs... Il faut bien être honnête, j'ai regardé Laure Manaudou se vautrer dans son bassin. La natation, ça passe, c'est court...
Quatre minutes au maximum et c'est réglé ! Il y aussi les sports classiques qu'on a déjà vu toute l'année : le foot, le basket, le tennis etc. Et puis il y a tous ces sports dont on ne parle que tous les quatre ans : le tir au pistolet à dix mètres, le ping pong (oui, le ping pong est un sport olympique, ne riez pas) etc. tous ces sports dont on ignore complètement les règles...
Et pourtant, il y a des gens qui vont pendant trois semaines passer leurs journées devant leur poste, quelles que soient les épreuves disputées. J'avoue que ces gens me laissent un peu perplexes... N'allez pas me dire qu'ils sont fans de TOUS les sports, oh wait, n'allez pas me dire qu'il y a des gens qui sont supporters de l'équipe de France de tir au pistolet à 10 mètres...
Et pourquoi ne pas partager ?
Malgré tout, ces supporters de canapé m'interrogent. Pour moi, le sport c'est quelque chose qui se partage, aussi bien pour celui qui le pratique que pour celui qui le regarde... D'où l'intérêt d'aller dans les stades. Même si, personnellement, ça ne m'attire pas du tout, je saisis bien l'attrait de la ferveur collective, l'idée de partager un moment intense avec d'autres supporters. Un peu comme un concert, en gros. De même, que ceux qui ne peuvent vivre les événements sportifs en live se retrouvent dans des bars, devant des écrans géants, ou même s'invitent mutuellement chez eux, ok, très bien. L'idée de partage est toujours là.
Mais seul devant sa télé, à quoi bon ? On ne partage alors rien avec personne... Au contraire, je trouve ça d'une tristesse infinie. Personne à qui sauter dans les bras en cas de victoire, personne avec qui critiquer l'arbitre. Attention, loin de moi l'idée de penser que tous ceux qui regardent le sport à la télé sont dépressifs ou asociaux ! Je me dis juste que c'est une activité profondément solitaire, et je me demande ce qui pousse ces gens à rester chez eux face à leur poste...
Un truc de mecs
Vous l'aurez sûrement remarqué, le sport à la télé, c'est quand même majoritairement un truc de mecs... Parce que le sport en général serait un truc de mecs ? Parce que la plupart des sports médiatisés sont pratiqués par des hommes ? Parce que les hommes ont un sens de la compétition plus développé que les femmes ? Va savoir...
En tout cas, une chose est sûre, ce n'est pas les épreuves des JO dites "féminines", genre la gymnastique, la natation, le patinage artistique qui ramènent les femmes devant le poste...
Mais bon, je râle, je râle, mais chez moi, je suis le seul maître de la télécommande. Je n'ai pas de mâle en short, une bière à la main - ouh le cliché ! - pour prendre le contrôle du poste !
Cécile GUTHLEBEN
Cécile Guthleben a 26 ans, vit à Paris. Elle aime, entre autres, David Lynch et Carrie Bradshaw, Bret Easton Ellis et Grey's Anatomy, les broches en forme de fleurs et le vin.
Diplômée en cinéma, journaliste pour la télévision, pour plusieurs magazines spécialisées dans le cinéma, elle couvre aussi chaque année pour le journal "L'Alsace" le festival de la Foire aux Vins de Colmar. Elle présente également pour les sites d'information numérique de SFR Collectivités des émissions pédagogiques dédiées au numérique.
Son blog est son espace de liberté. A découvrir ici...


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