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Samedi 14 février 2009 | 15h03
Pour un télétravail raisonné et concerté
Pascal RASSAT, consultant au sein de la société CITICA, signe pour e-alsace une tribune consacrée au télétravail. Il est aussi auteur de plusieurs études sur le télétravail et est intervenu pour des entreprises et réseaux d’entreprises pour un accompagnement à l’introduction du télétravail.
"En ce début d’année 2009, le télétravail est à l’affiche. Nathalie Kosciusko-Morizet, nouvelle secrétaire d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique annonce réfléchir à « des aménagements fiscaux, législatifs et réglementaires », une proposition de loi sur le télétravail est en discussion et l’UMP a récemment annoncé son intention de faire du télétravail un outil de lutte contre la crise et « une piste alternative aux délocalisations ». S’il ne constitue certainement pas la panacée universelle à tous les maux de notre société, le télétravail, bien utilisé, pourrait sans doute constituer une solution complémentaire au service des entreprises comme des territoires. Plusieurs axes peuvent porter cette réflexion.
Premier axe : le développement du télétravail salarié.
Si on parle de télétravail pour les salariés depuis de nombreuses années, notre pays se situe pourtant à la traîne des pays industrialisés. Les derniers chiffres officiels faisaient état de 2,2% de télétravailleurs à domicile (pour une moyenne européenne de 7%). L’intégration du télétravail nécessite une prise de conscience de la part des employeurs qui tarde toujours à venir. Le télétravail est souvent utilisé par les organisations mais il reste trop souvent non contractualisé et constitue une sorte d’accord tacite entre employeur et salarié … avec tous les risques que cela peut entraîner.
Répondre aux intérêts bien compris de l’employeur et du salarié
Le télétravail reste pourtant pertinent à la condition qu’employeurs et salariés préparent ensemble son introduction et qu’il rejoigne les intérêts bien compris des deux parties. C’est sur ces bases que les partenaires sociaux ont signé en 2005 un accord interprofessionnel pour définir un cadre d’introduction clair au télétravail dans les entreprises, un accord avant tout basé sur le volontariat du salarié.
Car le télétravail répond à une véritable demande sociale de la part de beaucoup de salariés. Il peut en effet permettre une meilleure conciliation des temps sociaux et améliorer la qualité de vie en limitant les déplacements chronophages entre le domicile et le travail. C’est aussi un outil de pouvoir d’achat : sur la base d’un déplacement domicile-travail de 26 km (moyenne nationale donnée par l’INSEE), le salarié français qui passerait deux jours par semaine à travailler à son domicile ou à proximité directe, pourrait économiser plus de 2.000 euros / an (sources : INSEE / ADEME) et gagner ainsi en qualité de vie et sans doute aussi en motivation au travail. Mais la réponse à cette demande sociale par l’employeur ne constitue pas pour autant une marque de philanthropisme. Le télétravail constitue en effet aussi, dans de nombreux cas, une solution complémentaire pour contribuer à résoudre certaines problématiques prégnantes des organisations publiques et privées.
Un bilan positif
Plusieurs collectivités et administrations ont déjà testées l’introduction du télétravail et en tirent un bilan positif : outre la réponse à une demande sociale des salariés, elles ont noté une augmentation non négligeable de la productivité pour les télétravailleurs comme pour leur service ainsi qu’une baisse des arrêts maladie. Elles décrivent l’introduction du télétravail « comme une action extrêmement structurante », support pour la modernisation de l’organisation et permettant la réalisation d’importantes économies d’échelle.
Si l’impact du télétravail dans les entreprises privées reste identique, une crainte demeure. Le télétravail rentre dans une réflexion plus globale d’ « entreprise étendue », une entreprise où les donneurs d’ordre et leurs clients mais aussi les salariés et leurs employeurs peuvent travailler à distance grâce aux possibilités toujours plus nombreuses des technologies haut-débit. On évoque souvent à ce propos les dérives bien réelles des délocalisations. On oublie cependant que l’entreprise étendue permet aussi et avant tout d’organiser des réseaux de partenaires (sur un territoire régional par exemple) et de permettre aux salariés de travailler depuis leur domicile avec les mêmes services que ceux à leur disposition au bureau. Certaines sociétés américaines l’ont bien compris en développant le télétravail pour une part non négligeable de leur effectif basé à proximité des lieux d’implantation (Boeing ou IBM ont souvent été cités comme des entreprises modèles en la matière).
Un outil d'aménagement des territoires
Second axe : le développement du télétravail indépendant comme outil d’aménagement des territoires. Le télétravail indépendant couvre toute une kyrielle d’activités dont le point commun est d’être exercées depuis son domicile. On peut ainsi inclure sous ce terme des activités aussi variées que télésecrétaires, télétraducteurs, télévendeurs, mais aussi par exemple les activités de commerce de proximité via les places de marché (un secteur qui a constitué un important relais de croissance pour les pays anglo-saxons). Encourager le développement du télétravail indépendant, c’est permettre aux territoires ruraux isolés, ceux qui ne pourront jamais prétendre à accueillir des activités industrielles, de développer une économie résidentielle forte. Des activités qui permettent souvent de conserver localement des commerces et des services publics et qui participent au désengorgement des grands centres urbains. Les initiatives se multiplient dans ce domaine : citons par exemple la mise en œuvre d’un réseau de télécentres dans l’Ariège et le Cantal, le projet européen Solos-Sohos dans le Gers ou l’initiative Zevillage dans l’Orne. Autant d’expériences qui proposent une orientation professionnelle pour les technologies haut débit et contribuent à renforcer l’attractivité des territoires ruraux.
Une troisième voie entre angélisme et rejet arbitraire ? La stratégie française en matière de télétravail a toujours hésité entre deux positions : l’angélisme pour ceux qui prônent le télétravail à tout crin au risque d’encourager ses formes les plus pernicieuses ou le rejet arbitraire de ceux qui en craignent les dérives. Et si 2009 était l’occasion de tester une troisième voie pour promouvoir une forme raisonnée et concertée de télétravail ?"

Pascal RASSAT, consultant au sein de la société CITICA, auteur de plusieurs études sur le télétravail. Il est également intervenu pour des entreprises et réseaux d’entreprises pour un accompagnement à l’introduction du télétravail.
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